RIEN N'EST SIMPLE
 
LE PROJET FICHE TECHNIQUE RUSHES
          
PRÉSENTATION

Elle s'appelle Delphine, il s'appelle Philippe. Ils ont la trentaine et vivent à Paris. Il est peintre, elle est
photographe. Ils ont du mal à vivre de leurs arts. Depuis une dizaine d'années, ils naviguent de petits boulots en CDD. Elle a été serveuse, décoratrice, comédienne. Il a fait de l'animation dans les écoles, de la figuration au cinéma, de la machinerie au théâtre. Dans les moments de creux, ils jonglent entre RMI et assedic. Ils se connaissent depuis quelques années, se croisent régulièrement dans les fêtes, les dîners, les spectacles, les virées estivales entre amis.
Aujourd'hui, ils ont décidé de construire ensemble un projet. Ce n'est pourtant pas l'ambition qui les dévore, ni un goût soudain pour l'esprit d'entreprise. Ils ont juste le désir de se donner les moyens de créer quelque chose qui puisse leur permettre de vivre tout en continuant à pratiquer leurs arts. L'idée a pris corps peu à peu, à l'occasion d'un boulot, une cantine pour une compagnie de théâtre, l'année dernière. C'est Delphine qui avait trouvé ce travail. Elle avait besoin de quelqu'un pour l'aider. Philippe était disponible. Pendant plusieurs mois, ils ont assuré l'intendance de la troupe, concoctant des centaines de repas pour le bonheur de tous. Alors lorsque le travail s'est arrêté, l'idée leur est venue de prolonger l'aventure. Fort de l'expérience acquise, pourquoi ne pas s'engager dans un véritable projet ? Des contacts avaient été pris, quelques propositions arrivaient,
buffets, cantines pour des tournages, il fallait maintenant s'organiser.

Mais RIEN N'EST SIMPLE surtout lorsque l'on n'a pas l'habitude de se confronter aux difficultés et aux contraintes du travail indépendant. "La soucoupe volante" est née. Cette association était la première étape de l'aventure. Les premières commandes sont arrivées. Le bouche-à-oreille a très bien fonctionné. Leurs premières prestations ont été couronnées de succès. Les buffets, les cantines de tournage se sont succédées à grand rythme.

A la rentrée, il se sont vus proposer la reprise du bar d'un théâtre en banlieue. Cette histoire est devenue de plus en plus sérieuse. Aujourd'hui, l'association ne convient plus, Delphine et Philippe doivent passer à la vitesse supérieure en constituant une société. Depuis quelques mois, Delphine et Philippe commencent à découvrir les "joies" de la libre entreprise. Les problèmes et les questions fusent de toutes parts. Un monde étrange s'est ouvert à eux avec ses règles et son vocabulaire propres: SARL, TVA, charges sociales, impôts, capital, facturation, comptabilité, clients, siège social, etc... Il faut régler les problèmes matériels et administratifs. Il faut surtout s'organiser pour pouvoir affronter la masse de travail, trouver un fax, une camionnette, négocier l'installation d'un lave-vaisselle et puis, discuter des tarifs, négocier avec les fournisseurs et l'administration du théâtre, envisager d'embaucher pour faire face à la demande. Bref, l'aventure ne fait que commencer et Philippe et Delphine ont de l'énergie à revendre.

Tout cela peut sembler bien banal mais les choses prennent une autre dimension lorsque l'on avait, au départ, juste le désir de se donner la liberté de travailler tranquillement sans rien demander à personne.


INTENTION

 Je connais Delphine et Philippe depuis environ six ans. Nous faisons partie du même cercle d'amis et
nous nous retrouvons régulièrement. J'ai été dès le départ au courant de leur projet. Il m'est quelquefois arrivé de leur donner un coup de main: un après-midi à beurrer des petits fours, un prêt de voiture pour livrer les repas de la cantine d'un tournage en banlieue. J'ai assisté à leurs discussions, à la mise en place de leur association puis à son évolution.
Très vite, bien au-delà de la simple curiosité amicale, cette aventure qui débute a retenu mon intérêt de cinéaste. Leurs choix et leurs interrogations, la manière dont ils les formulent, me paraissent être révélateurs d'une évolution contemporaine du rapport au travail. Comment peut-on aujourd'hui travailler en préservant sa liberté et son indépendance ? Volontairement ou involontairement situés en marge des schémas sociaux classiques, ils recherchaient au départ une alternative concrète entre chômage et travail à plein temps et se retrouvent un peu malgré eux, grâce à la réussite de leur entreprise, confrontés aux lois et aux règles économiques. C'est la confrontation entre ce désir de liberté et les contraintes, du monde du travail en particulier, et, de la société en général, que je désire montrer à travers ce film.

Loin de moi pourtant le désir de développer un quelconque discours ou une analyse socio-économique pertinente, il s'agit avant tout de filmer la vie et la parole en action, filmer du côté des personnages au plus près du réel, sans commentaires. RIEN N'EST SIMPLE, sera avant tout l'histoire d'une aventure humaine. Le choix de faire un film se déroulant dans la durée va dans le sens d'un cinéma narratif basé sur une progression dramatique.

Chronique d'une année de la vie d'une petite société naissante, ce film s'attachera à travers des moments privilégiés à suivre l'évolution des personnages et leurs manières d'appréhender les joies et les difficultés qu'ils rencontreront. Sur le ton d'une "comédie sociale", nous raconterons la vie quotidienne de nos personnages au travail. Débordant d'énergie, pleins d'humour, ils ont la volonté de réussir. J'ai envie de les accompagner sur ce parcours.
  


LA REALISATION

Le tournage de ce film s'effectuera sur une période d'environ un an de décembre 1997 à décembre 1998. Ce choix peut paraître arbitraire mais au-delà du fait qu'il débute par la fondation de la société juste avant la fin d'année et qu'il s'achèvera symboliquement avec les fêtes de l'année suivante et le premier bilan, il nous semble indispensable de tourner sur une longue période pour pouvoir mettre en valeur, à travers la durée, l'évolution des choses. Nous sommes bien conscients que cette démarche comporte une prise de risques importante quant à la nature des situations que nous allons rencontrer tout au long de cette année. Il nous est impossible de prédire précisément ce que l'avenir réserve à "La Soucoupe Volante". C'est sans doute là que réside une grande partie de l'intérêt du film. N'oublions pas que la prise de risques, c'est d'abord celle de nos deux personnages, Delphine et Philippe. Il est naturel et nécessaire que nous y soyons pleinement associés.

Les périodes de tournage seront réparties de façon régulière sur toute l'année mais, en fonction de l'évolution des événements, nous privilégierons les situations essentielles au film. Par contre, nous serons présents quasi quotidiennement. Afin d'avoir une souplesse d'organisation mais aussi pour privilégier la proximité avec les personnages, nous avons choisi de tourner avec une équipe légère: le réalisateur à l'image et un ingénieur du son.

Le film se bâtira sur la succession chronologique de séquences rendant compte du cheminement des personnages. Ces séquences significatives ne seront pas exclusivement des moments où il se passe quelque chose d'important dramatiquement. Il s'agira également de filmer les relations des personnages entre eux, de faire exister dans une durée ce qui parait banal: les gestes du travail et de la vie au quotidien, l'attente, la fatigue, l'ennui. Ils auront sans doute des périodes des périodes d'enthousiasme et d'optimisme mais aussi des périodes de doute et d'hésitation. Même si l'essentiel du film sera tourné sur le vif, je prendrai régulièrement le temps d'avoir avec chacun des entretiens approfondis pour faire le point sur la situation et leur état d'esprit à ce moment précis.

Des séquences de transition feront le lien entre les différentes étapes du récit. Elles se présenteront sous la forme d'intermèdes visuels en noir et blanc, rapides coups d' il sur le monde extérieur. Au-delà de l'aspect formel de liaison, ces séquences seront des repères temporels pour le spectateur.  Ce sera par exemple: les gros titres de la presse sur un kiosque à journaux, les guirlandes lumineuses de Noël d'une avenue, les transformations de la végétation selon les saisons dans le parc face au bar...
Le récit se construira ainsi petit à petit.

La caméra sera au plus près des personnages. C'est à travers leur regard que nous percevrons les rencontres qu'ils font, les lieux dans lesquels ils évoluent, les problèmes auxquels ils se confrontent. Ce point de vue n'est pourtant pas strictement subjectif. Il n'exclut pas les plans "extérieurs" en particulier pour les séquences de transition entre chaque période. Il n'exclut pas non plus que les personnages s'adressent parfois directement à nous et à la caméra lorsqu'un dialogue s'instaure de façon naturelle pour préciser une situation ou exprimer un sentiment.

Par ailleurs, ce projet a ceci de particulier que la construction au montage devra respecter la chronologie du tournage qui commande l'avancée du récit. Puisqu'il s'agit avant tout d'établir une progression dans l'évolution des personnages, il faudra être attentif à ce que les choses ne soient pas dites ou perçues trop tôt ou au mauvais moment. Il nous paraît important de commencer à pré-monter le film au fur et à mesure du tournage pour repérer les principaux axes qui constitueront la structure dramatique du film.


LES RENDEZ-VOUS

Aujourd'hui, il est impossible de prévoir avec précision quels sont les événements importants auxquels nos personnages vont être confrontés tout au long de l'année qui commence. Par contre, à partir de situations déjà rencontrées, nous pouvons  préciser des rendez-vous essentiels que nous retrouverons régulièrement tout au long de l'année. Ces moments privilégiés seront source d'interrogations pour les personnages. Ils seront l'occasion de questionnement face à des prises de décisions et des choix à faire. En cela, ils seront révélateurs de l'évolution de leur projet.

LA SOUCOUPE VOLANTE

ENVISAGER L'AVENIR
Au cours des premiers mois, Delphine et Philippe se sont essentiellement consacrés à mettre en place le fonctionnement de "La Soucoupe Volante" et l'installation du bar du théâtre qui constitue leur base logistique. Aujourd'hui, ils ont trouvé leur rythme de croisière, ils doivent se redonner des objectifs. Au-delà de la rentabilité économique, ils ont besoin d'une motivation plus forte pour ne pas tomber dans la routine. Plusieurs pistes se présentent: investir le bar pour y développer des activités au-delà de la restauration: concerts, expos... Diversifier les interventions à l'extérieur: buffets, cantines de tournage, bars d'autres théâtres... Se satisfaire de la situation présente et s'investir dans des activités personnelles. Aujourd'hui, tout est possible, il leur appartient de définir puis de confronter leurs aspirations respectives.

GERER LA "BOITE"
Après les affres de la constitution juridique de la société et les longues démarches dans les diverses administrations, il s'agit de s'organiser pour fournir régulièrement au comptable les documents indispensables. Ce n'est pas une mince affaire pour Delphine et Philippe qui n'apprécient que modérément les mystères de la réglementation fiscale et sociale. Heureusement, leur comptable est compréhensif et n'hésite pas à les guider dans leur choix. Le bilan du premier mois d'activité lui permet de clarifier le fonctionnement économique de la société: calcul de la marge brute, taux de TVA, etc... Le comptable sera un personnage important du film. Il interviendra périodiquement toute au long de l'année. C'est lui qui jouera le rôle d'arbitre entre les aspirations de Delphine et Philippe et les rêgles de la gestion d'une société.

SE VENDRE
Delphine et Philippe savent que le bar du théâtre ne leur fournira pas un chiffre d'affaire suffisant sur l'année. Ils vont devoir s'organiser pour répondre à des demandes simultanées. Même si la question a été évoquée plusieurs fois, ils continuent de naviguer à vue (voir la scène). A un moment ou à un autre, ils vont devoir chercher des clients et pour cela: faire une plaquette de présentation, établir des tarifs, envoyer un mailing, bref, se faire connaître.

DEVENIR "PATRON"
Dès le mois de mars, la charge de travail de "La Soucoupe Volante" va augmenter. Outre le travail au théâtre, des prestations à l'extérieur vont nécessiter de faire appel à du personnel. Dès le départ du projet, Delphine et Philippe voulaient faire travailler leurs amis qui, comme eux récemment, "galèrent". Ce ne sont pas des gens expérimentés et ils vont devoir les former au service au bar. Si des problèmes se posent, ils vont devoir assumer leur travail de "patron", ce qui n'est pas toujours aisé lorsqu'on a à faire à des copains.

FAIRE UNE PAUSE (voir la scène)
Pour chacun d'entre eux, ces coupures, choisies ou imposées par l'absence de travail, sont l'occasion de prendre un peu de recul, de faire le point. C'est aussi l'occasion de retrouver des activités laissées de côté. Delphine reprend le chemin de son labo photo. Philippe se remet à la peinture. Les périodes de remise en route de "La Soucoupe volante" sont parfois difficiles mais c'est aussi un moment pour discuter et envisager les choses avec un regard plus posé.

AU THEATRE

TRAVAILLER AU QUOTIDIEN
Au théâtre, le bar est ouvert six jours par semaine pendant les périodes de spectacles. Delphine et Philippe arrivent en début d'après-midi. Selon les besoins, ils partent faire des courses et accueillent les livraisons. Ensuite, ils s'attellent à la préparation des plats du jour. Le bar ouvre vers 18 heures pour le repas des techniciens et des comédiens. Le public arrive vers 19h30. Après le début du spectacle, il faut débarrasser la salle. Une période d'attente commence. C'est souvent l'occasion de discuter, de faire les comptes, de réfléchir aux prochains menus, mais aussi de plaisanter et de se détendre. A l'entracte, c'est souvent la ruée avec une centaine de personnes à servir en un quart d'heure. La soirée s'achève environ une heure après la fin du spectacle. Il faut faire sortir les derniers attardés, fermer le bar et trouver un taxi pour rentrer.

DEMANDEZ LE PROGRAMME ! (voir la scène)
Début janvier, le programme de la saison théâtrale tombe. C'est un choc. Le planning est loin d'être rempli. La saison s'arrête fin mai et il y a deux grandes périodes d'inactivité en février et en avril. La surprise fait place à l'inquiétude. Que va-t-on faire ? Pourra-t-on tenir financièrement ? Il va falloir trouver du travail à l'extérieur, des buffets, des cantines, recontacter les clients qui ne donnent plus de nouvelles, faire une plaquette, des tarifs.
Depuis, un autre théâtre où l'aventure avait débutée les a contactés pour tenir le bar une semaine en février et, sans doute, deux mois en mars - avril, comblant ainsi une partie des vides du planning.

TROUVER SA PLACE
La tempête a brisé une porte vitrée de l'entrée du théâtre. Sans prévenir, l'administration en profite pour modifier l'accès principal. D'un jour à l'autre, le bar se retrouve isolé, en dehors du parcours des spectateurs. Aucun panneau ne le signale. Evidemment, la fréquentation chute immédiatement et le chiffre d'affaire aussi. Dans l'urgence, Philippe et Delphine sont obligés de réclamer une signalétique. Des projets de néon sont à l'étude mais le temps presse, il faut trouver une solution en attendant. L'administration du théâtre traîne un peu les pieds pour installer des panneaux provisoires qui nuisent à l'esthétique du hall. Cet incident est révélateur de l'ambiguïté des rapports entre Philippe et Delphine et l'administration du théâtre qui les héberge. Il va les amener à se situer vis à vis d'elle en affirmant leur indépendance ou, au contraire, en acceptant totalement sa tutelle. Le problème risque de se reposer bientôt car Delphine et Philippe ont l'intention de s'attaquer à l'aménagement et à la décoration du bar dans les semaines qui viennent. Aujourd'hui, le dialogue reste ouvert.