| BELLE DE NUIT |
| scénario
et dialogues: Olivier THIEBAUT et Pierre-François LEBRUN
Tous droits réservés 1992 |
| Voilà une bien jolie histoire, librement inspirée d'un fait divers. Malheureusement, personne n'a jamais voulu soutenir sa réalisation. Olivier Thiébaut l'a adaptée en une superbe nouvelle rééditée dans un recueil à paraître prochainement. |
LE CHAUFFEUR
Vous êtes
sûre que c'est la bonne adresse ?
MARIE
Oui, oui...
Merci... Bonne soirée !
MARIE s'éloigne. Le chauffeur la regarde un peu surpris.
LE CHAUFFEUR
(à lui-même)
Pas froid
aux yeux, la minette !
Le taxi redémarre.
MARIE se retrouve seule dans la rue. Elle contient un frisson, serre davantage
son manteau contre son corps et se dirige vers l'entrée de l'usine
matérialisée par une grille cadenassée.
MARIE jette
un coup d' il inquiet dans la rue toujours déserte et contre toute
attente, sort de son manteau une pince monseigneur. Maladroitement, MARIE
s'attaque au cadenas. Après quelques tentatives infructueuses, le
cadenas cède. MARIE entre dans la cour de l'usine, alors qu'au bout
de la rue, une voiture de police s'approche au ralentit.
Alertée
par le bruit du moteur, MARIE se dissimule dans un coin de la cour.
La voiture
de police passe devant la grille sans rien remarquer et disparaît.
De plus en
plus tendue, MARIE se dirige vers le porche d'entrée de l'usine.
2. EXT/
INT. ENTREE USINE. NUIT
Attentive
au moindre bruit, MARIE arrive devant le bureau éclairé du
veilleur de nuit, MAURICE (35-40), assoupi devant un téléviseur
qui diffuse une émission insipide.
Pour plus
de prudence, MARIE retire ses escarpins et passe silencieusement devant
le bureau sans se faire voir de MAURICE.
Elle s'engage
dans un dédale de couloirs et d'escaliers plus sinistres les uns
que les autres.
3. INT.
ATELIER USINE. NUIT
MARIE pénètre
dans un vaste atelier où sont entreposées de nombreuses machines-outils
aux formes menaçantes et s'appoche prudemment de la grande verrière
qui donne sur la rue.
MARIE retire
son manteau qu'elle dépose sur une machine puis, sort un petit magnétophone
de sa poche et le pose sur le sol. MARIE se dirige vers un interrupteur
qu'elle enclenche. Une lumière crue jaillit des plafonniers. MARIE
revient vers le magnétophone et, les mains tremblantes, appuie sur
la touche lecture. Musique.
Hésitante,
MARIE se place face à la verrière et, au rythme de la musique,
entame un strip-tease d'abord maladroit puis de plus en plus sensuel.
On découvre
alors que MARIE adresse sa danse érotique à un unique spectateur
: YANN (30), prisonnier de la maison d'arrêt qui se situe
juste en face de l'atelier que vient d'investir la jeune femme.
4. INT.
CELLULE. NUIT
Seul homme
éveillé de la cellule, un walkman sur les oreilles, les mains
agrippées aux barreaux, YANN assiste médusé au spectacle
de MARIE. Son regard est soudain attiré par le passage de la voiture
de police qui effectue sa ronde. Mais plus préoccupés
par la prison que par l'usine, les policiers ne remarquent pas MARIE.
5. INT.
ATELIER. NUIT
MARIE continue
son effeuillage au rythme de la musique.
6. INT.
CELLULE. NUIT
De sa geôle,
YANN, apprécie toujours autant le show que lui offre MARIE. Son
compagnon de cellule, RENE, est réveillé par le sifflement
du walkman.
RENE (à
Yann, voix pâteuse)
Bordel...
Qu'est-ce que tu fous ?
Mais YANN, coiffé de son walkman n'entend rien. RENE se lève et vient rejoindre YANN à la fenêtre. Il n'en croit pas ses yeux quand il aperçoit MARIE. RENE pousse un sifflement d'admiration qui informe YANN de sa présence.
RENE
Putain...
La salope !
YANN (se
retournant brusquement)
Casse-toi
!
RENE n'écoute pas l'injonction de YANN et, au contraire, tente de sa frayer un chemin vers la fenêtre.
RENE
Mais c'est
ta gonzesse... Allez, on partage !
Mais YANN
n'est pas décidé à partager. Il attrape RENE par son
tee-shirt et lui balance un violent coup de tête. RENE s'écroule
assomé.
YANN se retourne
vers la fenêtre mais soudain son regard se fige en découvrant
MAURICE, une lampe torche à la main, qui sort de son bureau.
7. INT.
ATELIER. NUIT
MARIE a presque
terminé son strip-tease quand MAURICE pénètre dans
l'atelier.
Couvert par
le bruit de la musique, MAURICE se dirige silencieusement vers MARIE qui,
de plus en plus dénudée, le regard tournée vers la
prison, ne le remarque pas.
Soudain, MAURICE
empoigne sauvagement MARIE et l'attire contre lui. Affolée, MARIE
étouffe un cri. Elle tente de se défendre, mais MAURICE,
plus fort, la plaque contre une machine-outil.
8. INT.
CELLULE. NUIT
Désespéré,
YANN assiste impuissant au drame qui se joue.
9. INT.
ATELIER. NUIT
MAURICE tente
d'abuser de MARIE qui se défend comme elle peut.
Alors que
MAURICE semble prendre le dessus, la main de MARIE rencontre une barre
de fer.
Sans réfléchir,
elle s'en empare et assène plusieurs coups violents sur la tête
de MAURICE qui sécroule, touché à mort, sur le sol
de l'atelier.
Hébétée,
tremblante, MARIE reprend lentement ses esprits, se dirige vers la verrière
et ne peut s'empêcher de lancer un regard désespéré
en direction de la prison.
Dans la rue,
la voiture de police s'arrête devant l'usine.
10. INT.
CELLULE. JOUR
Les traits
tirés, MARIE, allongée sur sa couchette, est interrompue
dans ses pensées par l'entrée d'une gardienne qui d'un geste
brusque lui jette un colis.
LA GARDIENNE
C'est pour
toi !
Sans répondre,
MARIE récupère son paquet l'ouvre et en extrait une cassette
audio.
MARIE introduit
la cassette dans un radio cassette et appuie sur la touche lecture.
Alors que
l'air de strip-tease se fait entendre, son regard se porte vers la fenêtre
de sa cellule.
Pour tout
vis à vis elle n'a qu'un mur gris et sinistre.
FIN